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L'ère Kabila : L'esclavage doré de la chèvre qui mangeait des pierres ou l'acquisition du pouvoir

28 Octobre 2012 , Rédigé par Copyright permanance-bantoue.org Publié dans #textes de l'auteur a lire ou decouvrir

L'ère Kabila :

L'esclavage doré de la chèvre qui mangeait des pierres
ou l'acquisition du pouvoir

Dans cette première fable, nous nous permettons de décrire le drame que vit le pouvoir dans notre pays, à chacun de comprendre ce que nous disons indépendamment des mots et expressions utilisés.

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L'ESCLAVAGE DORE DE LA CHEVRE QUI MANGEAIT DES PIERRES.

L'acquisition du pouvoir...

Le monde de la savane connaissait à cette époque la plus dramatique situation de son existence. Le vieux Roi-Léopard qui régnait sur le pays se mourait grignoté par de vilaines métastases d'un hideux cancer de la prostate qui ne lui laissaient aucun espoir de survie. Et malgré les efforts de son entourage pour camoufler ce peu royal embarras, les conversations des soit disant bien informés répandaient d'incroyables rumeurs sur la maladie et ses suites. Ce qui, en contre coup, poussait l'entourage royal à songer de plus en plus à s'assurer l'avenir, sa propre survie au pouvoir, face à un peuple que la faim, les salaires impayés, les exactions et rançonnages en tous genres rendaient sourd à toute exhortation à se ranger sous la bannière des Morts Pour Rien. Fortement déçu par l'incompréhension et le lâchage des siens, le Roi-Léopard décida de se retirer, avec ses deux épouses jumelles, dans son forestier village, prétendument d'origine, à plus de 2.000 km de la capitale, dans le vain espoir de jouir d'un peu de répit pour continuer à se soigner.

Mais, L'agitation populaire s'amplifiant, les Puissances de la Savane que l'on disait être les vrais maîtres du pays et qui avaient installé le Roi-Léopard au pouvoir, jugèrent la situation désespérée et décidèrent de laisser tomber l'ultra rusé mais agonisant Roi-Léopard, comme un vulgaire mouchoir en papier, et de lui substituer un autre Roi des Savanes et Forêts, suffisamment malléable que pour obéir à leurs pressants conseils visant la sauvegarde leurs intérêts politico-économico-stratégiques. Tâche n'exigeant, entre nous, aucun savoir, aucune intelligence particulière mais seulement une docilité et une souplesse à toute épreuve. Condition jadis imposée au futur Roi-Léopard qui ne la respecta pas toujours mais qui reste néanmoins non désuète.

La Girafe au long cou présenta sa candidature, au titre de garde chiourme efficace et expérimenté. Car à son maussade mirador naturel, où sont fixés ses yeux vigilants, rien ne pouvait échapper à son contrôle. Elle verrait tout, signalerait tout et les Puissances pourraient mieux contrôler la situation et la faire évoluer à leur guise. Elle fut néanmoins éliminée parce que non seulement elle proposait aux Puissances de prendre directement en charge le pays et ses inextricables problèmes, mais voyant venir les choses de trop loin elle pouvait éventer les sordides et inavouables combines des Puissances, et les faire lamentablement échouer, en se croyant elle aussi devenue une Puissance des Savanes et forêts. Il valait mieux un brave petit qui monte sur un mirador propret pour surveiller mais qui en descend la majeure partie du temps pour ne pas voir, par recherche de performances, certaines pratiques peu morales, plutôt que des yeux et une mémoire en permanence sur un mirador.

Dehors ! trop dangereux !

Le zèbre vint faire admirer sa belle robe rayée et son élégante démarche qui, assurait-il, allaient séduire les fanfarons qui sont légions dans le pays. Il les distrairait et les anesthésierait ainsi, pour ramener la paix, sa paix. On ne le retint pas, parce qu'il risquait de ne s'occuper que des parades, des soucousse, d'élections de Miss de beauté et de fêtes avec concours de danse, selon le principe léopardien qui postule que le peuple heureux soit celui qui chante et danse mais ne travaille pas. Et alors, il risquait ainsi d'oublier l'important : les intérêts des Puissances à sauvegarder, les richesses naturelles à exploiter et la force du travail à sustenter pour l'empêcher de s'effondrer comme un sac vide dressé contre un mur.

Dehors ! trop dangereux !

Le Singe vint faire montre de ses grimaces, de ses tours d'acrobaties et de sa capacité à subjuguer par des farces grotesques, des performances illusoires ! C'était encore pour distraire et anesthésier le peuple et le pousser à l'exaspération. Il ne fut pas retenu car très peu consistant. Le gros Amin et bien de Rois nègres avaient montré l'inanité des farces et autres grimaces lors de situations graves à gérer dans le pays. Car à la longue, le cirque fatigue et le retour de bâtons est redoutable ! Le peuple a besoin d'une occupation qui satisfasse ses besoins vitaux et lui assure la sécurité, au lieu d'être transformé en passif spectateur de sa déchéance.

Dehors ! trop dangereux !

L'éléphant voulut faire entendre la voix de la raison : pourquoi les Puissances des Savanes et Forêts ne consultent-ils jamais le peuple congolais pour pouvoir tenir compte de ses profondes aspirations ? Pourquoi Dieu s'acharne-t-il à ne nous donner que ce qu'il y a de pire et d'insensé comme Roi ? Quel crime aurions nous commis qui soit si impardonnable ? Il faut absolument que cette fois-ci leur candidat soit au moins quelqu'un qui a de la jugeote, alors tout pourra bien aller. Mais sa candidature fut aussi éliminée parce que trop lent dans ses réactions. Personne ne le voyait maîtriser une situation explosive de contestation. Il prendrait trop de temps à chercher la meilleure solution, la plus équitable, faisant honneur à sa réputation de sage des sages. Et rien ne garantissait qu'il suivrait alors les sages, pressants et intéressés conseils des Puissances qui ne s'occupent que du présent immédiat, et jamais du peuple ni du lendemain.

Dehors ! trop dangereux !

Le Rhinocéros se dit prêt à appliquer un programme prédéfini, à résister à toutes pressions politiciennes ou populaires et à maintenir son cap jusqu'à son aboutissement. Et le malheur avec lui, c'est que c'était vrai. On lui reprocha sa balourdise, son esprit trop borné et surtout sa tendance à foncer vers une cible réelle ou illusoire, même si la situation venait à changer du tout au tout. Car la politique n'est pas affaire de réalisation à la manière d'un fonctionnaire d'un plan préétabli, mais une succession de manœuvres tenant compte de la conjoncture et visant des objectifs préétablis. Il faut une certaine souplesse et l'habileté de retomber sur ses pattes.

Dehors ! trop dangereux !

La duplicité et le génie manœuvrier du Guépard, pourtant héritier présumé du Roi-Léopard son maître, firent peur. Il risquait, comme son maître, d'attendre son installation au pouvoir pour s'allier aux ennemis des Puissances des Savanes et Forêts et leur faire la nique pendant des décennies et des décennies, non-obstant un éventuel embargo dont ne souffrirait que le peuple.

Dehors ! trop dangereux !

Comme la brutale cruauté du dernier rescapé de l'ère secondaire, le Crocodile, ancien brigadier de Police promu Général d'élite d'une folklorique et incroyable Garde-Civile, dissonait dans le contexte moderne sensible au respect des droits de l'homme, sa candidature fut éliminée ainsi que celle de ses filiformes et sinistres compères, le Boa constricteur et le Serpent Dendro Aspic mamba-mamba, à qui on reprochait leur passion irraisonnée pour l'antédiluvienne chicote reinfligée aux descendants d'un Lumumba sauvagement sacrifié pour l'avoir publiquement dénoncée et interdite, leur passion pour les exécutions sommaires, à la va vite, et pour leur effrayant vide de perspective historique et de programme de développement. Ils ne voulaient être chefs que pour eux s'épanouir, réaliser leurs pulsions les plus barbares, alors même que le peuple risquait d'en mourir ! Une réédition en somme de leur ultra-connu programme d'impitoyables terminators !

Dehors ! trop dangereux !

Ces candidatures ne comptaient pas face à la complexité et aux exigences des intérêts à sauvegarder qui fluctuaient avec les conjonctures. L'Ours polaire avait pris froid et s'était tassé comme une baudruche crevée. Il n'était plus la menace absolue des intérêts politico-économico-stratégiques des Puissances à sauvegarder, et ne permettait plus aux Savanes d'un peu respirer malgré la férule des Puissances. Il fallait se faire à l'idée d'un monde sans menace, donc sans le rentable complexe militaro-industriel et sa course aux armements, poumon de l'économie post moderne, qui endettant à mort les Savanes et Forêts africaines les faisait plier sous leur joug et enfin les lançaient dans d'absurdes guerres fratricides, sans enjeux sérieux. Le futur Roi devait donc être capable de faire vivoter son peuple sans trop de problèmes humanitaires exigeant l'intervention directe des Puissances.

La plus vieille et sage des Puissances des Savanes et forêts suggéra à ses copines de prendre langue avec certains discrets animaux, qui jouent le rôle d'escalier menant au premier étage, celui du pouvoir, mais qui n'y montent jamais eux-mêmes et dont elles se sont défiés jusque là. Il faudrait, leur dit-elle, les associer au nouveau pouvoir et tout ira mieux. Sinon ils gripperont la machine et il faudra tout reprendre à zéro. Le malheur est que l'hostilité vis à vis d'eux, voulue par nous comme châtiment de leur manque de soumission à nos volontés, fait qu'ils ne postulent jamais au poste de Roi étant sûrs qu'ils le seront tôt ou tard. Ils préfèrent donc attendre d'être cooptés. Il faut le faire, car rien d'autre n'est possible ni viable.

Alors les Puissances devant l'impasse se tournèrent vers Kabundi, la maligne petite antilope dont la large expérience de vie en savane, un savoir-faire prouvé et un dévouement désintéressé désignaient, non comme Roi mais comme conseiller des Puissances et peut-être aussi du futur Roi qu'elles choisiraient. Le choix des Puissances finit alors par se porter sur la Chèvre qui disait Oui bwana à tout sans aucun trouble, mais que personne n'attendait ni ne soupçonnait, élément de surprise disaient certains, pour désamorcer toute tentative de contestation. La première étonnée fut d'ailleurs la Chèvre elle-même. Elle hésita à accepter, convaincue de ne pas faire le poids. Son cousin, une antilope Impala, fazeur, tête brûlée, car garçon de café dans l'âme qui disait fréquenter du beau monde dans son café, la rassura. Elle lui formera un cabinet secret de fidèles de l'Uféri qui s'y connaissent comme pillards et refroidisseurs des gens. La Chèvre accepta alors de tenter l'aventure d'autant plus aisément que les Puissants parlaient de mettre à sa disposition tout ce qu'il fallait pour sa réussite.

Pour faire illusion de puissance et faire lâcher le morceau au rusé Roi-Léopard, les Puissances lui accolèrent des féroces hyènes connues pour les soucis causés à la belle Marianne lors d'une foire populaire dans certaines collines et qui courraient la campagne depuis leur naissance. Kabundi fut nommé conseiller du Roi pour rattraper ses inévitables grosses gourdes. Des initiatives qui ne furent pas du goût du fameux cousin Impala et son Conseil décret. Mais la Chèvre accepta tout, sans états d'âme, pour des raisons " stratégiques ".

Kabundi hésita longuement faisant remarquer l'incompétence flagrante de la Chèvre pour une telle tâche, car manifestement, elle n'avait aucune notion de l'état et de ses nécessités. Elle croyait qu'être Roi, c'est gérer à son profit les comptes de l'état. Aussi avec quelques hyènes, avait-elle initié, comme pivot de son régime, une société (privée et confidentielle) Commerciale d'Importation et d'Exportation, la Comiex, devant fournir à l'état tout ce dont il avait besoin et le lui facturer au prix fort. Comme c'est elle qui serait l'acheteur pour l'état et le gestionnaire de ses finances, la Chèvre, ni vu ni connu, s'enrichirait sans détournements intempestifs des fonds de l'état, l'objectif d'un homme d'état étant, n'est-ce pas, de finir sa vie comme étant le cadavre le plus riche de son cimetière. Et tout le monde croira en ses talents de financier strict, pingre, n'hésitant pas à économiser les frais de fonctionnement des services de l'état et même les salaires de ses agents, réputés patriotes révolutionnaires donc vivant d'idéal. Face au caractère antédiluvien de ces conceptions du futur Roi et au désarroi général de son avènement, les Puissances dirent à Kabundi : N'hésite plus, jette-toi à l'eau et montre ce que tu as dans le ventre. Le chaos lié aux métastases du vieux Roi-Léopard est tel que nous n'avions pas d'autres choix que d'appuyer la Chèvre sur toi. Elle a, tu sais, sans en avoir l'air, plus d'une qualité utile pour nos intérêts : sa disponibilité d'esprit qui frise la virginité intellectuelle et son grand désir de bien faire pour mériter son poste, soit l'idéal comme pâte à modeler ! N'est-ce pas ? Il faut qu'il fonctionne bien et nous obéisse au doigt et à l'œil, même sans rien y comprendre. D'ailleurs elle n'est qu'une solution d'attente, plus tard on verra ce qu'il y a de mieux à faire vu l'importance de la région.

Kabundi accepta et tout le monde respira, et tout se passa très bien.

Tous les animaux furent réunis dans une vaste clairière pour être informés des changements en cours. Le vieux Roi-Léopard s'installa sur son énorme fauteuil d'apparat tout en pierres dures. Les animaux s'assirent en cercle à ses pieds et Kabundi installa la Chèvre tout contre le fauteuil du Roi-Léopard pour passer la nuit, en lui recommandant de ne pas parler, de se taire comme un dur qui médite un méchant coup. Il était en effet déjà tard pour débuter une réunion d'une aussi grande importance et tous les animaux furent d'avis d'attendre le lendemain matin.

Cro ac !.., Cro ac !...,cr ro ac !.., cr r ro a ac !., cr r ro o a a ac !..,

Un affreux grincement grandissant perça la quiétude de la nuit. C'était la Chèvre qui, en ruminant rinçait machinalement des dents. C'est quoi ce bruit ? demanda le Guépard, redoutant une farce des rongeurs.
Rien de grave, répondit Kabundi, la Chèvre a sûrement une petite faim, alors elle grignote la pierre du siège du Roi pour la calmer. Dormez en paix il n'y a aucun danger pour personne.
Le grincement s'arrêta un petit moment, mais peu après reprit plus strident et lugubre que jamais.

Cr ro ac ! , cr ro ac ! , cr ro e ïc ! , cr ro ï ïc !, cr ro o ï ï ï ïc !

Qu'on fasse taire ce bruit ! cela m'agace et me donne des frissons ! elle pourrait me prendre pour de la pierre ! dit le Rhinocéros en s'éloignant du siège du Roi.
Tranquillise-toi, répliqua Kabundi. Car même si la Chèvre voulait un dessert, ce ne sera jamais toi. Tu n'es qu'une épaisse peau et des cornes, sans aucun jus ! Autre chose serait si tu avais une belle peau à étendre sous ses pieds et des métastases plein tout le corps ! Tu sais ! Elles ramollissent la chair et la rendent succulente, irrésistible ! Alors dors en paix, on verra demain où elle veut en venir, et qui aura été son dessert !

Cr ro ec !, cr ro ïc !, cr ro ï ïc !, cr ro o ï ï ï ïc !

Le bruit sinistre reprit et répandit l'effroi sur une assemblée de plus en plus pétrifiée, se demandant si Kabundi disait la vérité vraie.

Cr ro Ï Ïc !, cr ro ï ï ï Ï Ïc !, cr ro ï ï ï ï ï ï ï Ïc !,.

Alors Kabundi prit un bâton souple et se mit à taquiner les pieds et le ventre du Roi-Léopard qui se recroquevillait en réaction et en silence à chaque contact du bâton !
Voilà ! un peu de chair fraîche comme dessert, et c'est bientôt fini ! Hurla-t-il.
Mais que fait elle ? s'inquiéta la Girafe qui sait combien est redoutable un ennemi potentiel qui ne se montre pas.

Cr ro Ï Ïc !, cr ro ï ï ï Ï Ïc !, cr ro ï ï ï ï ï ï ï Ïc !,.

La Chèvre tâte sa cible et cherche, disons, le meilleur endroit par où la saisir sans dégâts collatéraux inutiles et vous pourrez bientôt tous dormir en paix ! conclut triomphalement Kabundi, maître du jeu.

Le vieux Roi-Léopard, jusque là impassible comme il sied à un Roi, s'aperçut que la fameuse cible de la Chèvre mangeuse de pierres ne pouvait être que lui puisqu'il percevait d'ores et déjà ses griffes et son haleine. Il y avait donc danger en la demeure. Etre tué et mangé, passe encore, c'est dans la règle du jeu de la survie et sa maladie sauverait l'honneur. Mais être broyé, mêlé à de la pierre, comme un vulgaire dessert, quel déshonneur ! Plutôt chercher le salut dans la fuite pour ne pas avoir à affronter deux ennemis en même temps. Une fuite vers un désert où le pléthore de pierres pourrait distraire ce monstre qui les mange et l'amener alors à m'oublier ne fut-ce que le temps d'en finir avec mes métastases.

Et ce disant, le vieux Roi-Léopard s'élança dans la savane et, par bonds phénoménaux, traversa toute la forêt vierge pour atteindre le salvateur désert du Sahara, où Khetani son ami de l'ONUC lui servit, exultant de joie, du Coca Cola et des dattes fraîches sous sa luxueuse tente de peau blanche de chameau climatisée par Westinghouse.
Et le matin, tout le monde fut agréablement surpris de constater la disparition du Vieux Roi métastasé et de voir la Chèvre, toujours grinçant des dents, calmement juchée sur le trône de pierre. Alors tous les petits malins, diasporas et diaspouris confondus, très habiles en retournement de veste, s'avisèrent de prendre le train en marche. Mieux valait, n'est-ce pas, être bien placé quelle que soit la direction du train car il finira toujours par arriver quelque part ! et on avisera ! Car comme le dit justement le peuple : solo, chance eloko pamba, nata ntaba-fazeur akomi lelo Président ya République ! c'est notre chance, saisissons-la avant que le peuple n'enchaîne : il faut ntaba-fazeur azunga na nzamba na ye.

Vive le Roi-Chèvre ! hurla Kabundi.
Vive le Roi-Chèvre ! reprit la foule des petits animaux.
Vivent la paix et la fraternité ! renchérit Kabundi.
Vivent la paix et la fraternité ! reprit la foule des animaux.
Vivent l'herbe et les pierres ! Plus personne ne mangera personne ! conclut le Roi-Chèvre.
Aucun écho, le peuple commençait à se poser des questions.
Que la fête commence ! Hurla le Roi-Chèvre conseillé par le cousin Impala.

Et ce fut la grande fête de la fraternité, où l'on vit le Rhinocéros embrasser et danser avec la Girafe, et des Hyènes baratiner des frêles antilopes, en luttant contre une envie viscérale d'en faire des charognes à déguster plus tard. C'était le bonheur, mais un bonheur de courte durée, car dès que le Roi-Chèvre réalisa qu'il était Roi, il se crut en droit de mettre en oeuvre ses idées les plus saugrenues, sans se référer à quiconque ! Et crut pouvoir les imposer sans discussion. Tout le monde n'avait-il pas peur de lui et de ses dents qui broient des pierres ? N'avait-il pas vaincu le Roi-Léopard, bien que sans coup férir ? Tout le monde n'était-il pas de ce fait écrasé ? Qui donc oserait contester ses volontés ? Avait argumenté son Conseil secret Uferi.

Kabundi, qui connaissait les nécessités d'une vie harmonieuse en Savane, s'en approcha et lui conseilla d'atténuer sa volonté de réduire tout le monde à l'herbe et aux pierres, car personne ne mangeait des pierres et les carnassiers n'appréciaient pas l'herbe. C'était donc là la porte ouverte à la grogne et à la contestation.

Alors, que me conseilles-tu concrètement ? Demanda le Roi-Chèvre.

Dites aux carnassiers : que les grands mangent les grands et que les petits se débrouillent entre eux. Ainsi vous étoufferez les premières grognes, de ceux qui se croient condamnés à la famine, assura Kabundi.

Le Roi-Chèvre l'écouta et proclama cette nouvelle règle de vie mais en y ajoutant une note personnelle incongrue suggérée par Impala : chaque capture étant destinée à l'alimentation journalière personnelle, devait être entièrement consommée en une seule séance, sous peine de broyage du fautif par le Roi. Impala croyait ainsi éviter les inévitables gaspillages.

Mais cela gâcha tout, car Le Lion tenta de s'attaquer au Rhinocéros, un gros comme lui, mais fut bien heureux de s'en sortir vivant, plein de plaies et de bosses, mais le ventre désespérément vide !
Les Hyènes se dirent petits et se mirent à razzier le monde des petits animaux pour se constituer des charniers, réserves de futures charognes, comme elles avaient coutume de le faire, dans les milles collines de leur pays d'origine. Et ce fut la désolation pour tous.

Le petit monde des serviteurs de l'état osa présenter une requête sollicitant qu'à défaut du paiement de ses arriérés de salaires, le Roi consente à payer ne fût-ce qu'en partie ses salaires du mois en cours. La vie des familles, sans à manger ni de loyer pour conserver leurs domiciles, étant menacée.

Le cousin Impala souffla dans l'oreille du Roi-Chèvre : depuis quand un patron paye-t-il un salaire à ses employés et garçons de café ? Ils n'ont qu'à se débrouiller auprès des clients qui utilisent leurs services pour obtenir des pourboires conséquents. C'est en tous cas ce que j'ai toujours connu comme système équitable. Cette démarche est un véritable manque de respect à ne pas laisser passer. Ils doivent savoir que vous êtes le Patron et eux des parasites qui survivent grâce à votre tolérance, dont ils ne doivent pas abuser. D'où, réponse du Roi-Chèvre : si vous acceptiez d'accumuler des arriérés de salaires sous le vieux Roi-Léopard, pourquoi exigez-vous maintenant leur paiement à terme échu ?

Nous avions peur, nous étions terrorisés, personne ne pouvait bouger.

Et de moi, n'avez-vous pas peur ?

Si, un peu, mais Kabundi nous a laissé entendre que tout travail méritait salaire, donc nos droits seront tôt ou tard reconnus et honorés.

Alors le Roi-Chèvre leur cria : soyez révolutionnaires ! travaillez pour la gloire de la République ! D'ailleurs je vous trouve trop bourgeois ! avec les idiomes arriérés que vous parlez. Il faudra bientôt tous vous remplacer par des herbivores bien de chez moi, parlant ma langue, dont c'est d'ailleurs l'époque d'enrichissement. Disparaissez !

Ensuite, il décida de congédier aussi sec Kabundi, au motif d'être trop honnête, trop logique et trop naïf, donc de risquer de gêner l'enrichissement des herbivores qui n'est possible qu'en navigant à la limite du légal. La politique n'est-ce point un gros mensonge sur les vertus de quelques uns mais la conviction pour la multitude de la réalité de celles-ci ?

Cette brutale décision marquait les limites de toute action indirecte par le truchement d'un fantoche à qui on prête des idées et des intentions dont il n'a aucune cure. Il faut savoir, dès qu'on les atteint, s'éclipser avant qu'un conflit réel n'éclate. Kabundi se dit à part soi : La Chèvre veut pousser tout le monde à se corrompre pour ne jamais y avoir de procureur contre lui. Car le vol des biens de l'état n'étant pas parfait, n'est-ce point un plus grand risque pour un politicien, de s'y adonner que de se contenter du peu qu'il peut percevoir légalement ? Sur ce Kabundi, qui tenait à se réserver pour plus tard, discrètement se retira et abandonna la Chèvre à son nouveau destin.

Puis le Roi-Chèvre répudia les Hyènes dont personne ne voulait d'ailleurs nulle part, ni dans les Savanes et forêts de la Chèvre ni dans les mille collines de chez eux. Et enfin elle décida d'emprisonner et pourchasser tous ceux qui l'avaient connu avant sa consécration et qui savaient qui réellement elle était. Et ce fut la grande java. Les ministres firent la file devant la prison pour s'y relayer, au motif de lèse majesté, d'incompétence, de manque d'imagination dans leurs stratégies de vol ou pour d'autres babioles comme le délit de pensée non conforme à celle insondable du Roi-Chèvre. On en vint à se demander si d'aventure la royale personne n'hébergeait point quelques indésirables et déstabilisantes métastases orientales dans son auguste corps.

L'essaim de vers luisants qui volettent autour de son lit chaque soir ne pouvant être d'une sainte innocuité par ces temps où la maudite sainte Sidonie se cherche activement des dévots et qu'il faut si peu de démarches pour intégrer son harem. Cette crainte fut très vive lorsque à l'imitation du vieux Roi-Léopard qui voulait transformer tous les habitants en Morts Pour Rien, le Roi-Chèvre, suprême et géniale trouvaille psychanalytique, décréta de tous les enfermer comme fous au C.N.P.P. ou Centre Neuro - Psycho - Pathologique, rebaptisé Comité National du Pouvoir Populaire, parce qu'ils supportaient sa présence et osaient en attendre du bien.

Elle le fut d'autant plus que, sans aucune raison admissible, le Roi-Chèvre se permit de traiter vulgairement d'enculés et vieux cons les Puissances qui l'avaient fait Roi et dont l'appui moral était son unique force ! Il le fit suite à leurs nombreuses demandes d'audience et à leurs pressants conseils de modération. Les conseillers et les détracteurs n'étant que le recto et le verso d'une même réalité dont il fallait se débarrasser, il pensait ainsi pouvoir se libérer totalement les mains afin de réaliser toutes ses utopies. Des marabouts, affreux oiseaux nécrophages, introduits au palais par un sorcier patenté, ancien nouveau-Pasteur chrétien ayant repris ses croyances antérieures, s'étaient emparés de son esprit et lui faisaient croire qu'il était devenu aussi puissant et invulnérable que Dieu. Mieux, ils lui assuraient que, grâce à leurs gris-gris, il pourrait réaliser tout ce que le peuple croyait de lui. Vox populi = Vox Dei, n'est-ce pas ? Donc broyer et brouter des pierres, se moquer du sida, des accidents d'avion, de la vénalité des gardes impayés et du désespoir du peuple, qui n'étaient plus que broutilles.

Les Hyènes désespérées, se mutinèrent et s'attachèrent à informer tout le monde que le Roi-Chèvre n'avait même pas de crocs, que sa bouche ne contenait que des molaires d'herbivores, incapables de mordre et lacérer les chairs. Vérités incroyables pour le commun des mortels, qui bien que convaincus de l'invulnérabilité de la Chèvre, commençaient à douter. Et cela énerva le Roi-Chèvre qui décida, sur conseil de son cousin garçon de café, de faire montre en public de la puissance de ses fameuses dents, afin d'impressionner le mental du petit peuple.

Il mit un petit cailloux dans sa bouche et tenta de la broyer. Cra a atch ! Résultat, deux dents cassées ! malgré les assurances des affreux marabouts et gros rire du public. Alors super-énervé, le Roi-Chèvre voulut donner aux Hyènes et à ceux qui s'étaient agglutinés à elles, un coup de pied bien senti, afin qu'elles sachent à qui elles avaient à faire. Et tout le monde s'aperçut que le Roi-Chèvre non seulement n'avait pas des crocs mais n'avait pas non plus de griffes, rien qu'un ridicule petit sabot de caprin. Donc sa réputation de cruel broyeur des pierres était surfaite et la peur qu'elle inspirait n'avait aucune raison d'être.

Alors le peuple décida de la regarder en face, dans le blanc des yeux. Et ce fut le début de la fin, d'une fin tragique, aucun désert ne s'offrant à lui pour le recueillir, ne sachant que faire d'un herbivore qui a si peu de mémoire vive que pour se rappeler ses propres décisions quinze minutes plus tard ?

Redevenue une pauvre Chèvre, l'ex Roi-Chèvre faisait peine à voir d'autant plus que tous les grands carnassiers voulaient se l'offrir comme dessert spécial afin de venger les humiliations subies. Kabundi en eut pitié et lui conseilla d'offrir à l'homme, en exclusivité, son lait, sa peau pour ses tam-tams, ses cornes comme récipients pour ses fétiches et la chair de ses chevreaux comme nourriture, en échange des soins et de sa protection. Que voulez vous, ainsi va la vie. Mieux vaut survivre en échangeant ce qu'on possède réellement que d'user de subterfuge et d'illusions pour vivre au dessus de ses moyens. La pauvre Chèvre assagie, accepta ce dernier espoir de survie. Et l'homme, dégoûté de n'avoir à manger que des salades et des poissons séchés, l'accueillit à bras ouverts. D'où son esclavage doré qui dure jusqu'à ce jour.

Entre temps, un Bélier aux immenses cornes se convainquit avoir une chance de remplacer la Chèvre. N'était-il pas aussi herbivore que lui, donc sans danger pour la survie des animaux ? Mieux, n'était-il pas plus docile et meilleur suiveur que la capricieuse Chèvre ! Pour ce qui est de la reconnaissance, n'a t-il pas été le seul animal à parcourir des espaces et des espaces pour aller remercier le Vieux Roi-Léopard, dans sa retraite, chez Khetani de ne l'avoir pas mangé, par oubli ou négligence, pendant son long règne ? N'a-t-il pas alors été installé héritier présomptif, bien que pour de faux, par le Vieux Roi-Léopard soi-même ? Les Puissances de la Savane devaient être sûrs de lui, de sa fidélité, de sa reconnaissance, et l'installer sur le royal fauteuil. Ceci d'autant plus que dans son village tous les siens priaient, chantaient et dansaient hurlant " Bukalenga m'buotu tuotu, tumburu n'tupika tuotu " . Comme Vox populi = Vox Dei, il entreprit alors d'arpenter les allées des palais des Puissances, en distribuant moult sourires à quiconque le croisait.

Mais les intérêts complexes des Puissances avaient encore évolués. La docilité impliquant la prise en charge par eux du chaos de la savane, le pire tonneau des Danaïdes qui soit, cédait lentement le pas à la nécessité pour toute la région de la stabilisation et la rentabilisation des richesses naturelles, face aux immenses risques de crise économique mondiale prévisible. Il fallait un médecin qui réveille la savane de sa torpeur, la mette au travail, la stabilise et en fasse le paradis où il fait bon vivre au lieu de l'actuelle désolation de la faim, exportatrice de misérables réfugiés. D'ailleurs toutes les savanes, sans en avoir l'air, s'étaient mises à jouer au maître de leurs destins, n'hésitant pas à se lancer dans des aventures guerrières si cela leur plaisaient, alors que jusque là elles n'étaient que des champs de manoeuvres pour des guerres périphériques entre Puissances. D'où la grande perplexité des Puissances face à ce monde en devenir.

Le beau Bélier inlassablement se définissait comme démocrate et pour le respect intégral des droits de l'homme quoi qu'il advienne. Et en déduisait qu'il suivra fidèlement la volonté du peuple, à tout moment et en tous lieux. Malheureusement tout autour de lui, le fameux peuple se réduisait aux membres de son clan braillant à tue tête " Bukalenga m'buotu tuotu, tumburu n'tupika tuotu " parce que Vox populi = Vox Dei. Et quant à la cohérence de son action politique, la volonté populaire étant versatile comment l'assureras tu ? Elle ira de soi, assurait-il, car le peuple sait toujours ce qu'il veut et ne se trompe jamais. Et ce que voudra le peuple sera-ce la même chose que ce que veulent les Puissances que tu sollicites ?

Pas de réponse.

Enfin la démocratie que tu prônes la suivras tu si elle aboutissait à proposer un changement des dirigeants du pays dont toi-même ?

Non parce que c'est impensable, le peuple a déjà choisi ses dirigeants et toutes les mesures ont été prises pour qu'il ne se déjuge point.

Par exemple quoi ?

Par exemple le fait que si un dirigeant venait à mourir, c'est son épouse, son plus proche compagnon de lutte, qui le remplace et après elle, leur fils aîné, puis le petit-fils aîné, ainsi de suite...

Drôle de démocratie aboutissant à l'instauration d'une Dynastie, ne trouvez-vous pas ? C'est en tous cas notre conception d'une démocratie enrichie par des données stabilisantes comme celles à la base de l'Inde de Nehru, et tirées aussi du long et prestigieux règne du Roi-Léopard que la terre entière adulait. Et tu crois qu'on te suivras ?

On fera le nécessaire pour qu'il en soit ainsi.

Les Puissances des Savanes et Forêts en furent très perplexes, ils voyaient et savaient que le beau Bélier n'avait pas de descendance politique, donc tout s'arrêtait à lui, à sa mort et à son interprétation du passé et des privations endurées sous le Roi-Léopard. En outre, son culte de la démocratie impliquait pour la gestion des Savanes et Forêts où vivent mille tribus, l'appui des représentants valables de toutes ces tribus. C'était sur de l'improvisation pour ces cooptations que le beau Bélier comptait en vérité et cela agaça les Puissances. D'autant plus que ce culte, n'ayant plus d'adversaires crédibles, s'était effacé derrière ceux du néolibéralisme, de la globalisation, du dieu-dollar et de la suprématie de la loi du marché. Or le règne de cette loi du marché impliquait la suppression de toute entrave au profit privé international, dont l'intervention de l'état pour protéger socialement le salarié et l'entrepreneur national face à la cupidité du multinational, pire l'abandon de la gestion économique et-financière du pays entre les mains des aléas boursiers.

Comment concilier le tout avec la volonté de suivre les désirs du peuple et cette curieuse devise : " Bukalenga m'buotu tuotu, tumburu n'tupika tuotu " . Il flottait ainsi comme un air de retard dans la conception d'une politique réaliste, que de se fonder sur le peuple, le seul élément à même de contrer les fameux intérêts privés justifiant l'intervention des Puissances qu'on sollicitait ! A moins d'espérer les duper par des paroles vides de sens.

Dehors ! trop dangereux !

L'éléphant, le sage des sages, jusque là méditatif, secoua la tête et dit : un pantin docile comptant sur l'improvisation sans but prédéfini, attendant de son peuple qu'il lui serve de patron, ne peut que nuire et à ses maîtres, et à ses administrés, et à ses amis, le peuple étant par essence, versatile et inconstant. Un Roi doit avoir un fond, la conscience de son état de Roi, de ses obligations vis à vis du peuple passé, présent et à venir dont il syncrétise le vouloir et les aspirations. Le Roi doit être le guide de son peuple vers son meilleur devenir possible. L'improvisation, bien que permettant de traverser de petites rivières, finit toujours par faire tourner en rond et se perdre. Un minimum de savoir-faire est incontournable et surtout une grande discipline personnelle et de l'abnégation de soi face à l'intérêt du peuple sont absolument nécessaires. Je n'ai jamais compris pourquoi les Puissances de la savane préfèrent avoir affaire à des domestiques qui ne leur apportent que misères au lieu de rechercher des partenaires capables de les aider en cas de besoin. Attendons leur nouveau choix et leur aide, en suppliant Dieu d'oublier sa colère contre nos manquements, qui ne nous rapportent que ce qu'il y a de pire comme Roi de nos savanes et forêts.

Post scriptum :
-1- Tel fut le conte de l'esclavage doré de la Chèvre qui mangeait des pierres, raconté simplifié aux enfants de 3 à 5 ans de l'école maternelle de Trilport , avec comme moralité : de ne jamais raconter des vannes et vouloir donner un coup de pied à ceux qui t'ont aidé à être quelqu'un. Les petits l'avaient apprécié et me demandaient par après si l'homme ne pouvait pas avoir pitié de la Chèvre et surtout ne jamais s'aviser de la manger. Pas d'avis, j'aime trop le mutwu wa mbuji et le kabewu pour y renoncer si facilement.
-2 J'espère que des lecteurs plus âgés que mes braves de Trilport (France) essayeront d'y voir autre chose qu'une petite fable inoffensive parodiant la triste réalité de notre pays et la course de ses auto-proclamés leaders pour le pouvoir. Evidemment ce conte a des clés qui facilitent sa compréhension : les noms des personnages que ces animaux désignent. Nous laissons le choix à chacun de les reconnaître et de conclure car nous ne souhaitons pas être traînés en justice pour diffamation ou autres faux motifs.

Que Dieu protège le Congo et sa merveilleuse faune ! sauf bien sûr les moustiques, glossines, schistosoma, VIH, ebola, ntaba-fazeurs et beaux béliers.


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L'ère Kabila :  L'esclavage doré de la chèvre qui mangeait des pierres ou l'acquisition du pouvoir
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