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1 Novembre 2012 , Rédigé par Permanence Bantoue

permanence-bantoue.overblog.com   LA BONNE BLAGUE - Pièce en cinq actes Les curieuses aventures de Kapiteyne au ponant de l'Océan du Ponant et au berceau de l'Humanité. Depuis quelques dizaines d'années, notre monde, celui qui fut forg&e...

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1 Novembre 2012 , Rédigé par Permanence Bantoue

permanence-bantoue.overblog.com L'initié doit initier, sinon il n'aura pas de case au village des ancêtres Ntite-Mukendi, Mampaka wa Kanyinda, Ntite-Mukendi wa Kanyinda, Aubert-Kizito Ntite-MUKENDI. est : - Commissaire Général (Ministre) aux Trans...

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1 Novembre 2012 , Rédigé par Permanence Bantoue

permanence-bantoue.overblog.com - Filmographie : Participation à la préparation et réalisation des films du cinéaste belge Thierry Michel : 1- "Le cycle du Serpent" (1991) ; 2- "Nostalgie coloniale" (1992) ; 3- "Mobutu : roi du Zaïre" (1998).

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1 Novembre 2012 , Rédigé par Permanence Bantoue

permanence-bantoue.overblog.com Pour raconter la période de la création de l'empire Luba et son histoire l'auteur choisit la forme de conte théatrale voici une présentation du premier des 3 tomes : Ina A Mbanza Bulanda Bua Mulopo 4ème de c...

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1 Novembre 2012 , Rédigé par Permanence Bantoue

permanence-bantoue.overblog.com Le site de Permanence bantoue se modernise. L'auteur et ses proches décident de s'ouvrir à la modernité par l'utilisatoin d'un blog en lien avec Facebook. Vos commentaires et soutiens sont les bienvenus. Bonne lec...

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Enterrons les Zombies: la fascination du pouvoir

31 Octobre 2012 , Rédigé par C'est lorsque le sceptre passe d'une main à une autre qu'il a des chances de toucher la terre. Nous sommes en 1948, plus précisément, un soir de juin 1948. Toute la famille, mon père excepté, est réunie autour d'un immense brasero planté au beau milieu du salon. C'est qu'à Lubumbashi, où nous habitons, les mois de juin sont particulièrement froids, à cause du fait que la ville, la plus méridionale du Congo, est à plus de mille mètres d'altitude, que les vents alizés venant du Sud-Est la balayent pendant toute cette période et enfin, juin est froid parce que le soleil se trouve alors au nord, au-dessus des Tropique du Cancer. Aussi, à cette période, le climat se rafraîchit tant que souvent nous avons de la gelée blanche et que le thermomètre marque parfois zéro degré centigrade vers quatre heures du matin. Le ciel en cette période est pur, sans nuages, d'une pureté glacée. Il ne pleut pas et c'est la saison sèche. Les gens en général très légèrement habillés, comme c'est de coutume en Afrique, s'agglutinent littéralement autour des feux de charbon de bois qu'ils allument dans des braseros et, toutes fenêtres fermées, passent la plupart de leurs soirées soit à boire de la bière et à palabrer, soit à se raconter des fables et des histoires. Bien peu sortent de chez eux, les débits de boisson et les dancings sont de ce fait quelque peu déserts. Dans notre famille, treize enfants plus les inévitables cousins vivant avec nous, tandis que papa suivait des cours de perfectionnement organisés par la société qui l'employait, il était de coutume pour le reste de la famille d'écouter maman nous raconter des histoires du passé, les épopées de nos ancêtres tant ceux du clan de papa, qui est le nôtre, que ceux de son clan auquel nous ne sommes qu'apparentés. Nos parents craignaient que le fait d'être à plus de mille kilomètres de chez nous, ne puisse nous couper de notre clan et faire de nous, leurs enfants, des sortes "d'apatrides", si l'on peut dire. Des noms célèbres étaient ainsi souvent évoqués, chacun avec son caractère et ses hauts faits. Défilaient notamment, parés de tout le prestige dont la narration populaire et "émerveillante" couvre ses héros, - Kongolo-Mwamba, le fondateur de l'empire Luba qui devint dans la langue courante Mwanza-Kongolo, l'arc-en-ciel, - Kalala Ilunga, Ilunga Mbidi, Ilunga Kibinda, le chasseur qui fonda l'empire lunda par son mariage avec Lueji fille de Konde, - Kazembe et Kasongo qui fondèrent Kasongo-wa-lunda et Kazembe-wa-lunda aux deux bouts de cet empire, - Kalonji-Mbangila, l'ancêtre des baluba du Kasaï, - Ntite Mukendi, le fondateur de notre clan, - son fils Kongolo et tous ceux qui nous rattachent à eux, - Kalala-Tshibangu, - Kaninda-ka-Mbuji, le riche, - Mukendi Kaluluke, l'écervelé, - Tshibangu-Mampaka, le bagarreur, - Ilunga-Mushimi, l'ivrogne... et beaucoup d'autres qui par leurs vertus, leur habileté, leur richesse ou simplement leurs défauts ont laissé trace dans notre histoire. Parfois, maman nous parlait simplement du Kasaï, notre région d'origine. Elle nous décrivait avec force détails ce qu'on y voyait et comment la vie s'y déroulait. Elle nous faisait ensuite participer à son jeu favori, un "jeu-chanson", qui consiste à entonner une mélodie dont tout le monde reprenait le refrain et un membre de l'assistance devait, entre les refrains, citer de mémoire, sans erreur ni répétition, suivant la chanson entonnée, soit dix noms de chefs coutumiers baluba encore en vie, soit dix noms de villages suffisamment importants que pour posséder un marché public, soit dix noms de rivières, d'animaux aquatiques et poissons, d'animaux ayant des sabots, d'animaux et oiseaux domestiques, d'oiseaux sauvages, de rats, de plantes, de légumes, de nourritures... Après chaque citation exacte, l'assistance en chantant le refrain, pliait un doigt jusqu'à ce que tous les doigts soient pliés ou qu'à cause d'une erreur, d'une répétition ou d'une hésitation, on soit éliminé du jeu. Chacun notait avec soin tous les points réalisés et gagnait celui qui avait le plus de points au total. C'était là un jeu très passionnant qui stimulait et l'émulation et la présence d'esprit. Mais c'était quand même fort difficile pour nous... Parfois, enfin, en laissant de côté les soirées où tout le monde était consigné au lit pour n'avoir pas été gentil, maman nous racontait des fables, dont elle arrangeait le contenu pour notre formation et qu'elle concluait par une bonne leçon que souvent l'assistance avait déjà devinée. Pour maman, la fable était un instrument très important pour façonner sa nombreuse famille, c'était ce qu'elle appelait la langue des rois, celle qui permet de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, sans blesser les amours propres de ceux à qui elle était destinée. La fable était se manière élégante de faire des remarques, étendues à tout le monde, mais visant souvent une personne, sans toutefois heurter de front nos petits amours propres naissants : les remarques sont faites à la forme impersonnelle et la face est toujours sauve. Ainsi, que de fois n'avons nous pas suivi les tribulations de la gazelle, qui mal conseillée par de vieilles hyènes jalouses de sa beauté, refusait le mariage avec un beau garçon et qui, vieille et cassée par la vie, est obligée d'épouser un vieux sorcier qui la dévore magiquement par petits morceaux ! Et cette fable précédait le mariage d'une de mes sœurs parfois trop réticentes. Que de fois n'avons nous pas entendu l'histoire de Tshidima qui prétendait pouvoir se passer de tout le monde et qui ignorait ses frères et sœurs mais qui dut recourir à eux pour échapper aux griffes d'un vilain sorcier qui l'avait envoûté!... Ainsi, au fil des soirées, maman contait, nous introduisait à la vie, à la vie réelle, pleine de méchanceté et où la solidarité de sang a son importance. Maman, en arrangeant les fables et histoires, s'enhardissait parfois jusqu'à décrire de manière figurative des événements encore frais en mémoire mais présentés de manière telle que la conclusion découlait d'elle-même et chacun n'avait qu'à la tirer pour soi-même. Ainsi, lorsque l'administration arrêta et relégua tous ceux qui avaient adhéré au mouvement Kitawala (Watch tower) considéré comme subversif, maman nous raconta l'histoire des poules et du moineau. Les poules picoraient dans la cour près d'une natte sur laquelle une femme avait étendu son manioc pour le sécher au soleil ; vint un moineau, qui leur tint un langage encore inconnu : il s'agissait de rétablir la justice et de partager équitablement les biens de la terre, en particulier le manioc de la femme. Les poules subjuguées par le moineau acquiescèrent et se mirent à manger le manioc. Mais cela fit du bruit, la femme se réveilla et armée d'un bâton se mit en devoir de chasser et de battre les poules, question de leur donner une leçon. Juste à ce moment, le moineau sortit de sa poche un billet d'avion, le montra aux poules et leur dit qu'il estimait le moment venu pour lui de regagner son pays. En effet, il ne voulait pas s'immiscer dans les affaires de poules et de la femme, affaires strictement intérieures. Conclusions... Ayant à écrire ce que j'ai à écrire, c'est à maman que je m'adresserai pour lui emprunter une de ses fables, qu'elle nous a racontée en juin 1948, et que je trouve particulièrement bien indiquée pour résumer le contenu du livre et servir de substrat à toutes les réflexions qui seront émises. Cette fable, la voici : Un jour, l'Homme, après avoir considéré le monde et ce qui s'y passe, après avoir été éprouvé par la mort de son fils emporté par un crocodile, la vanité de la lutte pour la vie et ses dangers, après s'être rendu compte, les oracles le lui ayant confirmé, des ses capacités tant intellectuelles que physiques et de ses aptitudes disons magiques, l'Homme donc, décida de s'affirmer comme autorité suprême, d'organiser le pays, de réformer les mœurs et d'instituer une gestion équitable des affaires publiques aux fins d'instaurer l'Harmonie Universelle entre la nature et les êtres vivants tout comme entre les êtres eux-mêmes et en eux-mêmes. Chacun, au sein de sa communauté, dans son espace vital, trouvera dans la paix, l'honneur et la dignité, toute possibilité pour développer et épanouir sa personnalité, suivant ses caractéristiques propres. Personne ne gênera personne, chacun chez soi, ne prenant des biens de la nature que ce dont il avait strictement besoin. La cruauté et les vices seront bannis et quant aux échanges entre personnes ou entre communautés, ils se feront sur une base de stricte égalité. Toutes les énergies seront mobilisées pour la lutte contre la misère, les maladies et autres fléaux de la nature, laquelle nature sera domestiquée et mise au service de tous... C'est cela le règne de l'Harmonie, de l'Harmonie Universelle que l'Homme, s'appuyant sur toutes les bonnes volontés se proposait d'instaurer. Cette grave décision et ce plan merveilleux, l'Homme les porta à la connaissance du monde de la manière la plus solennelle qui soit : "A vous tous les vivants, à vous qui rampez sur le sol ou qui nagez dans les eaux, à vous qui volez dans les airs ou qui peuplez les villages, les forêts et les savanes, à vous dont l'âme, cette chose terrible qui vous anime, pousse à vous combattre à mort et sans pitié pour survivre, à vous tous, mes bien-aimés frères, salut ! J'ai considéré avec tout mon sérieux, tout ce qui se passe entre vous, tous ces malheurs qui vous accablent, toutes ces haines qui vous tourmentent et cette terrible fatalité qui fait de chacun de vous le fossoyeur de son prochain. J'ai considéré cette loi barbare, qui ne nous honore point et qui veut que chacun vive du cadavre de son prochain, que personne ne se sente en sécurité nulle part et que tous nous soyons rongés par l'inquiétude du lendemain. J'ai considéré tous ces éléments et ai, en notre nom à tous, décidé de vous convier tous, à dater de ce jour, et chacun suivant ses possibilités, à nous consacrer tous ensembles à l'établissement d'un ordre nouveau, ordre de paix et de justice, règne de l'Harmonie Universelle! Avec votre appui, je vous rendrai la paix de l'âme, je laverai vos consciences de toutes les impuretés, et j'étoufferai la vendetta qui règle vos rapports mutuels. Cette peur qui frétille dans la prunelle de la gazelle, cette flamme meurtrière qui brille dans celle du lion, cette frénésie lugubre qui anime l'hyène lorsque la mort de l'un de nous est annoncée, ce sadisme froid qui pousse le serpent à frapper dans le dos au lieu d'un franc affrontement, tous ce vices abominables, légués par un long passé de luttes fratricides, je les éteindrai et même les effacerai de vos mémoires. J'établirai pour chaque tribu un domaine où coulera la fraternité et où chacun, suivant ses talents, développera, à l'abri d'influences négatives funestes, sa personnalité en ce qu'elle a de noble et d'élevé. Chacun aura ce à quoi il aspire, ses droits seront respectés et nul n'empiétera sur les prérogatives de son prochain. Les échanges entre vous seront empreints de civilité et d'équité, vos vies seront protégées, vos progénitures s'agrandiront et nous dominerons et domestiquerons la nature, ses maladies et ses peines. Lorsque l'Harmonie aura régné en chacun de nous, lorsqu'elle présidera aux relations entre nous et la nature, le Seigneur, notre créateur, ne manquera pas de nous en récompenser. Peut-être sera-ce par la suppression de la mort qui suspend son glaive sur chacun de nous. Voilà frères et sœurs bien-aimés, le programme auquel je vous convie tous de collaborer. Moi, votre aîné, moi qui ai la parole et l'intelligence, je prends dès aujourd'hui le commandement de la terre et vous tous, sous ma bannière, vous veillerez à la stricte application de mes ordres. Que ceux dont le doute, l'hésitation ou un manque de compréhension ramollit le courage, viennent tout simplement quérir mes lumières. Car je tiens avant tout et dans votre intérêt à ce que votre participation soit volontaire, qu'elle soit basée sur la foi dans l'œuvre commune que nous accomplirons ensemble. Je compte sur vous tous, que vive à jamais l'Harmonie ! que vive l'Homme!" Une immense clameur accueillit ces belles et graves paroles : c'était du jamais entendu, l'expression des aspirations profondes de tout être vraiment digne de ce nom. De partout fusaient des "vive l'Harmonie!" et des "vive l'Homme" vraiment sincères, pathétiques et vibrants d'ardeur. Le peuple transporté de joie, but, dansa et fêta jusqu'aux petits matins; On vit même le Lion embrasser tendrement la Gazelle, le Léopard courtiser la fille de l'Homme et le Crocodile verser de chaudes larmes à la pensée de ce qu'il avait fait au fils de l'Homme !... C'était vraiment le règne de l'Harmonie, la fraternité universelle, la re-virginité des consciences... C'était beau, très beau et même trop beau pour durer. Il allait en être comme il en est de toute oeuvre dans laquelle la somme de patience, d'attention et de sacrifices investis est dérisoire, le temps répudiant tout ce qui se fait sans lui. Tout se gâta lorsqu'au banquet de la libération, il fût question d'assesseurs chargés d'épauler l'Homme dans ses lourdes tâches. L'Homme seul, en effet, ne pouvait suffire à tout, le peuple avait conscience de l'ampleur de la tâche à accomplir, de l'infinité des palabres à trancher, des cas de consciences innombrables à liquider pour affermir leurs victimes dans la bonne voie. Il fallait donc des assesseurs à l'Homme, il fallait un petit nombre de personnes respectables et offrant de sérieuses garanties d'efficacité. Le lion qui se désolait devant une assiette de salade niçoise dans laquelle il avait peine à récupérer les quelques morceaux de viande synthétique qui s'y trouvaient, le Lion donc estima devoir être de ces assesseurs. Il espérait ainsi échapper à ce sinistre régime alimentaire et pouvoir, en tant que ministre, s'offrir à l'occasion quelque chose de mieux, une petite gazelle par exemple, ramassée dans un coin désert et dévorée rapidement au fond de la forêt; Ne pas en être offrait des risques réels qu'il fallait éviter et dont le moindre était de s'exposer à devoir subir des contrôles moraux sévères qui vous conduiraient a ne vivre que de synthétique. pouah ! Le Léopard pour sa part, estimait, par principe vital pour lui de ne jamais avoir moins que le Lion, car c'était son concurrent direct, vivant de la même nourriture que lui. Laisser le Lion prendre trop d'importance, le laisser devenir trop puissant, c'est s'exposer à être éliminé à brève échéance du marché des "gazelles", matière première stratégiquement importante; Il sera donc de toute façon assesseur de l'Homme, et il le sera nécessairement si le Lion l'est. L'Eléphant, dans son immense sagesse, ne s'estimait point concerné par tous ces bouleversements. N'était-il pas pur herbivore ? Les herbes n'ayant pas voix au chapitre, qui l'inquiéterait ? D'ailleurs où a-t-on jamais vu l'agitation conduire à la sagesse? La sagesse, n'est-ce point la fille bénie de la méditation ? Peut-on méditer dans le vacarme et l'exaltation ? Lui ne le croyait pas mais estimait utile de faire confiance à l'Homme et de le suivre le plus loin possible. Le Gorille, le plus puissant des Singes, trouvait amusant la proposition de son cousin l'Homme : faire l'Harmonie avec ce lourdaud d'Eléphant, ce sera vraiment marrant ! On va bien rigoler ! Autant faire confiance au génial cousin. Le Crocodile et l'Aigle se montaient fort indifférents à tous les marchandages politiques, ils avaient chacun déjà organisé leurs domaines : il y régnait une discipline de fer. Qui oserait aller dénoncer une privauté qu'ils se seraient permise ? Qui irait aux fonds des eaux ou aux confins des airs vérifier ce qui s'y tramait ? Il fallait laisser dire et laisser faire mais veiller à ne pas s'encombrer d'obligations qui, agissant à la manière d'un engrenage, vous amèneraient à devoir accepter l'intrusion d'étrangers dans votre domaine. Le Serpent par contre, le mystérieux Serpent, ne disait mot. Il raisonnait froidement, la bonne volonté c'est peut-être pathétique, mais ce n'est jamais suffisant pour établir un ordre nouveau ni efficace pour préserver l'autorité; On aura donc tôt ou tard besoin de lui, il trouvera toujours le moyen de soulager ses glandes à venin et peut être un emploi fort rémunérateur; Il fallait donc attendre, jouer le jeu, jusqu'à ce que l'heure soit venue; Et il attendait avec philosophie.. . Pour les autres animaux, les petits surtout, c'était le moment historique par excellence : on allait enfin concrétiser le programme de l'Homme et voir s'instaurer cette paix et cette fraternité à laquelle ils aspiraient depuis que le monde existe. Ils étaient de ce fait prêts à tous les sacrifices et mêmes brûlaient d'une fidélité ardente pour l'Homme. Aussi les voyait-on aller de l'un à l'autre, expliquant et exhortant les candidats possibles à se décider rapidement et à se mettre au travail. Ils voulaient l'Harmonie, ils ne pouvaient plus vivre sans l'Harmonie, bien que la plupart n'en saisissaient pas le sens. Et l'Harmonie c'était l'Homme au pouvoir, le Lion sans griffes ni crocs, le Léopard enfermé dans un asile et le Serpent empalé... Il y avaient ainsi quelques équivoques malheureuses qui circulaient dans le peuple. Sagement, après avoir devisé avec chacun et s'être mépris sur leurs vraies intentions, l'Homme décida de s'attacher tous les grands avec lesquels il forma son gouvernement. Il croyait en effet percevoir dans le Lion et le Léopard, un zèle ardent et fort louable, dans l'Eléphant, le Crocodile et l'Aigle, une humilité trahissant une sagesse profonde et dans le Serpent, une compréhensible prudence, il croyait donc avoir réuni l'équipe idéale pour l'instauration de l'Harmonie. Tragique et grossière erreur, qui allait coûter la vie à l'idéalisme de l'Homme et à ceux qui s'y fondent, lourd boulet que l'Homme s'attachait inconsciemment aux pieds et qui allait plus entraver que contribuer à la réalisation de son programme; Ce drôle de gouvernement, dont aucun des membres ne se souciait des idéaux à concrétiser, ne résista pas aux rivalités entre ministres ni à leurs exactions contre le peuple. Il ne put non plus empêcher l'extension de ces rivalités à tout le peuple qui se cliva en factions hostiles, ni la corruption des mœurs publiques qui étendit lentement ses ravages. L'Homme se mit malgré tout au travail. Il organisa son pays en empires et royaumes, nomma des vassaux et des gouverneurs et institua les célèbres banquets de la libération où tout le monde se rencontrait et traitait des problèmes du pays. Il amplifia le commerce en protégeant les commerçants qui pouvaient dès lors aller de plus en plus loin, encouragea les arts et le travail des métaux, imposa l'agriculture et la... synthèse de la viande pour épargner les herbivores, interdit la guerre et la justice sommaire, institua enfin un culte unique et une langue non moins unique pour l'entente et la concorde universelle. Sa foi et surtout sa parole se révélaient être des instruments très efficaces pour parvenir à calmer les rivalités et soutenir les tièdes, c'était son arme par excellence et au fond son unique arme. Tout le monde lui obéissait dès qu'il faisait entendre sa voix, tout le monde pliait sous le charme de cette voix, support des institutions et âme de la nation. Malheureusement, tous les vivants de la Terre, tels les Ours, les Cormorans et les Pingouins, ne participaient pas aux banquets de la libération et échappaient ainsi au charme de la Voix, et c'est d'eux que partirent les premiers coups de boutoir contre le régime de l'Homme; Et, lorsque fortement secoué, l'édifice chancela, l'Homme se retrouva vite seul avec ses rêves. L'enchantement s'était envolé, tout le monde était devenu subitement sourd, la Voix n'avait plus aucune prise dans le brasier des passions déchaînées et tout s'écroula comme un château de cartes. Ce fut alors terrible, beaucoup de petits qui avaient fait confiance à l'Homme périrent en masse, comme chaque fois que le peuple doit payer les pots cassés. Les vendettas, la férocité et tous les vices, un moment contenus par l'Homme, se ruèrent sur les consciences avec un tel acharnement, telle l'eau d'un barrage qui se rompt, que les grands finirent eux-mêmes par s'en inquiéter sérieusement; Il y eut la terreur avec ses nuits blanches qui n'en finissaient pas, il y eut les innombrables égorgés pour compte des factions, des enfants sans parents qui tentaient vainement de se faire adopter, des masses de squelettes vivants sillonnant les routes sans destination précise, les orgies des vautours et des hyènes que cette pullulation de cadavres rendaient quotidiennes, il y eut des fortunes colossales qui se créant le matin s'engloutissaient le soir, bref, il y eut la misère vraie que seuls affrontaient les petits. C'est alors que le Lion, devant cet immense nuage de crime, de vice et d'insécurité qui opprimait les consciences, se décida à prendre le pouvoir. Ce n'est pas que le peuple l'ait touché par sa détresse, ses souffrances et ses misères, ce n'est pas que changeant de nature, lui, le plus brave de tous les animaux, ait eu à craindre pour sa propre sécurité, non, le Lion se décida parce qu'il ne pouvait supporter la destruction méchante des richesses naturelles que provoquait le chaos, parce qu'il ne pouvait tolérer que des hyènes se permettent de tuer des gazelles pour les enfouir et ne les manger qu'une fois à moitié décomposées. C'était là un gaspillage, une méchanceté gratuite qui pouvait conduire à la famine et aux épidémies. Il fallait arrêter tout ça, revenir à un ordre acceptable, réserver la richesse aux riches et la puissance aux puissants, enrayer le gaspillage qui, raréfiant les biens de consommation en augmentait les prix. Voilà pourquoi celui que l'on nomme volontiers le roi des animaux, se décida à prendre le pouvoir et à s'adresser au peuple malgré la popularité de l'Homme; il le fit un soir, d'une voix puissante qui portait loin et se répercutait en des échos terrifiants. "Chers amis, depuis quelques temps notre pays traverse une situation confuse, une situation dangereuse, si dangereuse que tous nous risquons d'y être engloutis. L'Homme en qui nous avions placé toute notre confiance nous a déçu par son irréalisme et nous laisse dans un chaos indescriptible. S'il avait peut-être les pieds sur terre, il se révèle maintenant qu'il n'a pu voir les choses dans leur réalité et organiser la vie pour qu'elle soit heureuse et ce de manière durable. Il a laissé par naïveté s'instaurer le chaos, il a oublié que le pouvoir avait besoin de toute autre chose que de pieux sentiments et de bonne volonté, toutes choses éminemment passagères et inefficaces. Voilà pourquoi il a échoué, voilà comment nous en sommes arrivés à cette triste situation. Moi, le Lion, le plus fort et le plus brave d'entre vous tous, moi, devant qui tout tremble, moi, qui mange aussi bien l'Homme que la Gazelle, moi, la force personnalisée, je ne peux en âme et conscience tolérer cet abject chaos. Je mettrai de l'ordre dans tout çà, j'instaurerai une discipline de fer, le début de la sagesse. Je ne tolérerai aucune objection à tous mes ordres, et malheur à qui osera me contredire. Ce que l'Homme n'a pas su vous faire assimiler par les yeux, le nez et les oreilles, moi, je vous le ferai assimiler par la peau, afin que règne l'Harmonie Universelle par la discipline de fer. Vive la discipline de fer !" Le peuple terrorisé comprit qu'une page importante de son histoire était en train d'être tournée, le règne de l'Homme ne serait plus qu'un souvenir et au fond, ce n'était pas plus mauvais d'avoir un peu de discipline dans ce chaos généralisé. Et même si cela correspondait à une forme de retour en arrière, il n'était pas dit que l'on serait pour autant plus malheureux que maintenant. "Vive donc la discipline de fer ! Vive le Lion !" répondit le peuple subjugué par l'impression de puissance et de détermination que dégageait cette brillante crinière qui se posait en maître. L'Homme osa protester. Il avait dû s'incliner devant un combat inégal, en fait il n'avait fait que perdre une bataille alors que la guerre était encore à gagner, qu'on lui laisse un peu de temps et il saurait tout faire aboutir. .. Pour toute réponse, l'Homme eut à faire face à un Lion rugissant et fonçant droit sur lui, la gueule grande ouverte, les crocs menaçants, les griffes dehors et les yeux injectés de sang où pétillait cette terrible flamme que l'Homme s'était jadis promis d'éteindre. L'Homme compris instantanément que c'était là une vraie annonce nécrologique pour lui, un vrai prélude à une messe de requiem certaine. Il dut avec précipitation se réfugier dans les arbres, où le Lion ne va jamais et où il fut recueilli avec cordialité par ses cousins les Singes toujours en train de rigoler. Le Lion régna alors en maître incontesté. Il mit de l'ordre partout, ré-instaura la discipline, la discipline pour la discipline, sans autre débouché qu'elle-même, une discipline de fer, qui bientôt, débordant du domaine social, prétendit régimenter les consciences et fouiner dans les tréfonds des êtres pour en extirper tout ce qui de près ou de loin pouvait encore rappeler les ordres anciens. Il y eut alors des exactions car rien n'est aussi dangereux que le jugement sur base d'intentions. Et ce fut la révolte, d'abord sourde, confinée sur le plan philosophico-religieux, puis grondant dans les campagnes, elle emplit les rues, s'arma et se généralisa. L'Homme comprit que l'heure de l'action était arrivée, il lui faudrait se mettre à la tête de la révolte pour l'empêcher de dégénérer. Aussi se prépara-t-il activement à affronter le Lion. Le Lion réagit contre la révolte en frappant tout qui pouvait passer pour forte tête, égorgeant et dévorant avec parfois la discrète assistance du Léopard et du Serpent. Avec le temps, il finit par comprendre que l'ennemi était l'Homme et son Harmonie, qu'il fallait les abattre à tout prix et que ce ne serait que sur leur tombe que pourrait s'ériger son règne de la discipline absolue. Aussi se mit-il à rôder autour du village, lançant de sa voix de tonnerre force ultimatums à l'Homme, allant jusqu'à décoiffer des cabanes... L'affrontement eut lieu et ce fut un combat épique, acharné, que rien ne pouvait arrêter sauf la mort. L'Homme armé de sa lance et de son bouclier se défendit admirablement bien mais il apparaissait qu'un combat prolongé pouvait lui être fatal. En effet, alors que le Lion pouvait escompter un bon festin de victoire et donc avait pour allié la faim, l'Homme ne pouvait que compter sur ses forces sans autre allié que la peur d'un carnage indescriptible. Aussi, comme le combat durait et que l'Homme parvenait de moins en moins à se tirer des charges du Lion, tout le peuple fut saisi de désespoir, ayant un moment cru au retour de l'Harmonie. Combat féroce, combat sans trêve, qui vit bientôt l'Homme, le cuir chevelu rabattu sur le visage et aveuglé par son propre sang, chercher dans la fuite un salut incertain. A tâtons et veillant péniblement sur ses arrières, l'Homme parvint enfin à regagner la demeure de son cousin le Singe où il se réfugia, laissant le champ de bataille au Lion. Il y eut parmi les animaux un sauve-qui-peut mémorable. Le Lion, furieux et surtout frustré d'une victoire tenue pour certaine, parcourait le pays en vociférant, l'œil "sentant mauvais" et détruisant tout sur son passage. Tous ceux qui s'étaient risqués hors de chez eux pour assister au duel durent la plupart du temps recourir à mille stratagèmes et camouflages pour ne pas périr. Le Lion, un peu calmé, vint en fin de compte camper sous l'arbre où s'était réfugié l'Homme. Il comptait sur la fatigue, la faim et tout autre besoin humain que l'Homme ne pouvait satisfaire en restant dans le domaine du Singe. L'Homme en revanche, des hauteurs où il s'était réfugié, contemplait, perplexe, le champ de bataille où il avait pourtant donné le meilleur de lui-même. Il se rendait compte des conséquences inévitables et désastreuses de sa défaite. Le régime léonin allait se durcir et peut-être se muer en une sombre tyrannie sans qu'il puisse rien faire. La paix avec le Lion était impossible tout comme une reprise des hostilités. L'Homme eut honte de lui-même, mieux aurait valu pensa-t-il périr sur le champ d'honneur et ainsi éviter la coupe de la défaite. La situation semblait sans issue et même devenait dramatique avec le temps. Le Singe eut heureusement une bonne idée : faute de pouvoir abattre le Lion dans une bataille rangée, pourquoi ne pas tenter de lui jouer quelques sales blagues qui l'épuiseraient à force de l'agacer ? Même si c'était d'une rentabilité douteuse, ces blagues permettaient de maintenir le moral et d'embellir un peu la vie. L'Homme adopta cette merveilleuse idée et attendit que le Lion se soit assoupi sous l'arbre. Puis, tenant sa lance dignement serrée entre ses jambes, l'Homme se laissa tomber de tout son poids sur le Lion, lui transperçant par la même occasion le cœur. La bête dans un mugissement terrible, fit un bond formidable, entraînant l'Homme rivé à sa lance, mais il ne fit que ce bond là, car son cœur s'arrêta net, paralysé par la lance qui le traversait. Ainsi mourût le Lion, le plus brave des animaux, vaincu par la violence dont il s'était fait un ardent disciple. Et à l'annonce de sa mort, un soupir de soulagement s'échappa de toutes les poitrines : Incroyable, le despote était vaincu, vive l'Harmonie ! vive l'Homme ! et les fêtes populaires de commencer à s'organiser. Au même moment, dans l'antre du Léopard, une conversation de la plus haute importance avait lieu entre le Serpent et le maître de céans : - Non, disait celui-ci, il est inconcevable que l'Homme reprenne le pouvoir avec son Harmonie. C'est risquer de voir se ré-instaurer cette drôle de fraternité dans laquelle nous n'avons strictement rien à gagner. Mais que faire pour l'en empêcher ? - Très simple, répliqua le Serpent, il faut empêcher l'Homme de prendre le pouvoir. - Comment le faire? rétorqua le Léopard agacé. - Très simple, reprit le Serpent, en prenant le pouvoir et en le gardant par-devers soi, ainsi l'Homme ne l'aura pas. - Mais vous rendez-vous compte de ce que vous me proposez? s'écria le Léopard effaré, l'Homme vient de triompher du Lion dans un combat singulier, il est au sommet de sa force et vous me dites en somme de l'affronter ? - Détrompez-vous mon cher Léopard, l'Homme n'a jamais été aussi affaibli qu'aujourd'hui, sa victoire à la Pyrrhus en fait l'être le plus vulnérable de la Terre. N'oubliez pas que c'est lorsque le sceptre passe d'une main à une autre qu'il a des chances de toucher la terre, nous sommes en fait dans un inter-règne où chacun garde ses chances. D'ailleurs la victoire de l'Homme n'est qu'un grossier sous-produit de la ruse, et qui est véritable maître de la ruse ? - Mon cher Serpent, je ne crois pas que le moment soit venu d'affronter l'Homme, approchez de la fenêtre, entendez tous ces "vive l'Homme" qui fusent de partout, la popularité de l'Homme est immense, le peuple est avec lui, que puis-je contre le peuple ? - Qu'est-ce que le peuple ? reprit le Serpent, une masse informe et sans volonté que l'on manipule à sa guise pour peu que l'on soit habile. Et en fait d'habilité, qui peut se mesurer à vous ? N'êtes-vous pas aussi intelligent que l'Homme ? N'êtes-vous pas aussi physiquement fort que le Lion? Que vous manque-t-il pour manipuler le peuple ? D'ailleurs des copains seront toujours là pour vous donner un coup de main. Alors ? La popularité ? C'est ça qui vous arrête ? Eh bien, sachez que c'est la plus grande fumisterie que le peuple produit à l'usage de ses gouvernants. Ceux-ci croient y voir un soutien alors qu'en réalité ce n'est que la preuve d'un conditionnement réussi de l'opinion publique, conditionnement d'ailleurs fort passager. On est populaire aujourd'hui, demain le même peuple vous égorge, c'est question de moment. Laissons l'Homme succomber à l'illusion de la popularité, emparons-nous du pouvoir et que le peuple se fasse une raison. - Ca va, je marche, conclut le Léopard. D'ailleurs, si le Lion a pu régner, je ne vois pas pourquoi moi, je ne régnerais pas, je ne vois pas pourquoi moi, je ne réussirais pas là où il a échoué. A nous le pouvoir ! Le peuple était en liesse. Il fêtait le retour de l'Harmonie et la victoire de l'Homme sur la tyrannie : "vive l'Harmonie ! vive l'Homme!" criait-on de toute part; "NON" rétorqua violemment la voix féline et chantonnante du Léopard. "Vive l'Harmonie ! d'accord, mais vive l'Harmonie sans l'Homme !" Cette note dissonante tomba comme la foudre dans une atmosphère enfiévrée, un silence de mort s'installa, tout le monde était perplexe : qu'est-ce à dire ? Une rébellion ou une simple blague ? On interrogea l'Homme du regard. Celui-ci avait parfaitement bien compris le défi du Léopard et il en était mortifié. Que dire et que répondre à tous ces regards anxieux ? La seule réponse valable eut été de mettre en pièces le félon, mais l'Homme n'en avait pas la force physique. Il baissa alors la tête et s'en retourna, amer, dans son village. La vérité se fit alors jour, tout le monde comprit que le pouvoir était à qui le prendrait et que le seul prétendant du moment était le Léopard ! "Je disais donc, continua la voix féline, vive l'Harmonie sans l'Homme ! parce que j'estime que nous ne pouvons pas, dans l'état actuel des choses, remettre le pouvoir entre les mains débiles, entre les mains d'un Homme épuisé, exsangue et presque mourant. Les lourdes charges de l'Etat exigent des épaules autrement plus robustes, un cerveau plus réaliste et une poigne de fer capable de maintenir l'ordre dans l'intérêt de tous. Nous n'avons pas besoin d'aventures politico-sentimentales qui nous conduiraient à la situation que nous avons connue avant l'avènement du Lion que tous nous abhorrons. Si l'Harmonie est et demeure notre programme national, nous nous refusons à nous lancer dans des aventures, à nous exposer à des dangers dus à un idéalisme mal placé qui n'est qu'inconscience. Aussi, nous Léopard, étant le seul à réunir et les capacités intellectuelles de l'Homme et la force physique du Lion, décidons dès aujourd'hui d'assumer le pouvoir dans notre République. nous entendons être obéit à l'œil et compter sur votre chaleureuse et fidèle collaboration. Vive l'Harmonie, vive le Léopard !" Aucun écho ne vint saluer cette déclaration, c'est que le peuple consterné était partagé entre une révolte pour imposer l'Homme et une reconnaissance à contre cœur du pouvoir de fait. Il y avait flottement, les partis se tâtaient et l'air s'emplissait d'électricité. "Vive le Léopard, dis-je" hurla le félon qui commençait à redouter un coup d'état manqué et ses représailles. Un "vive le Léopard" maigrichon lui fit écho et le nouveau maître dut s'en contenter. Il en tira toutefois une grave leçon : le peuple ne l'aimait pas, il n'y avait pas d'unanimité autour de lui : on le supportait donc et on le supporterait aussi longtemps qu'il saurait inspirer la peur. De toute manière il ne serait jamais question de vrai enthousiasme, de fidélité ni de simple confiance. Aussi, à peine la discipline ré-instaurée, le Léopard se mit-il à manier le chaud et le froid et à jongler dangereusement avec la vie des gens. De sa voix féline et mi-miaulante, il cajolait, charmait et endormait, épatait et subjuguait, jurant de ne travailler qu'à l'instauration de l'Harmonie Universelle dans toute sa splendeur. Mais traîtreusement, il se saisissait de quiconque lui semblait représenter une quelconque force tout comme de ceux qui ne lui semblaient point sûrs, et les massacrait sous le prétexte officiel d'élimination de dangereux anti-régimes. Hésiter devint un crime, de même que se poser des questions entraînait la pendaison, et pour que nul ne l'ignore, on convia femmes et enfants à assister à des pendaisons sur la plus centrale des places publique de la ville ! le pont Cabu ! Le peuple devint amer, il ne se sentait point en sécurité du moment que la dénonciation était admise comme preuve irréfutable et que l'on pouvait être condamné sur base de soupçons dont on se gardait par ailleurs de vous faire part. La méfiance devint générale, le père craignait le fils et celui-ci redoutait sa mère. Et plus grandissait cette méfiance, plus celle du Léopard se renforçait et se trouvait de bonnes justifications ; il avait raison de se méfier du peuple parce que celui-ci se méfiait de lui : un beau cercle vicieux, qui conduisit à l'instauration de la dénonciation et de la calomnie comme vertus patriotiques tandis que la traîtrise, nécessitée par le fait que plus personne ne se laissait surprendre, accédait aux honneurs de méthode de gouvernement par excellence. Chaque jour, il ne fut plus question que de liquidations anti-régime, opérations qui prirentt l'ampleur d'une véritable exécution, d'une entreprise gigantesque qui faillit déborder le Léopard, tellement il y avait du boulot à abattre. Très sagement, plutôt que d'arrêter ses criminelles entreprises, le Léopard fit appel à son copain le Serpent, dont la discrétion dans ce genre d'activités lui convenait à merveille sans compter le... désintéressement. Bientôt, il n'eut même plus à se déranger, il lui suffisait de froncer les sourcils pour que calmement et avec efficacité, le Serpent fasse une discrète piqûre à l'anti-régime et que celui-ci retraverse horizontalement le seuil pour se retrouver soit dans une fosse commune soit dans le beau fleuve Congo. La terreur fut alors réelle, la Justice se mua en ajustice avec a privatif sans toutefois avoir de relation avec l'injustice qui suppose une intention. La dénonciation provoquée et encouragée ainsi que l'arbitraire le plus absurde paralysait jusqu'à l'expression d'une pensée propre et détruisait toute velléité de protestation. Les gens en vinrent, faute de mieux, à regretter amèrement le règne du Lion, embelli par contraste : du temps du Lion entendait-on dire, mais en sa cachant bien dans les arbres, au fond des eaux ou aux confins des airs, on pouvait continuer à vivre à peu près librement. Avec le Léopard, ce n'est plus pareil, bon nageur, il vous déniche où que vous vous cachiez, bon grimpeur, le refuge politique chez le Singe n'a plus aucune valeur du point de vue de la sécurité, et bon coureur, il est capable de vous enlever les ailes qu'aurait tendance à vous donner la peur et si on ajoute à tout ceci l'existence de son serpent, qui est partout, voit tout, sait tout, tue tout, on peut se rendre compte de l'immensité du désastre ! Comme le temps passait, le boulot s'amplifiant, le Léopard eut de plus en plus recours à son copain le Serpent qui devint lentement le personnage le plus important et le plus craint du régime. Le Serpent pour sa part, simple mesure de sécurité, ne quittait plus son ami et maître d'un pouce, car, disait-il, les absents ont toujours tort et mieux vaut être présent, ne fut-ce que pour intimider, étouffer toute animosité naissante. Ainsi, jamais le Léopard sans le Serpent, jamais le Serpent sans le Léopard, une expression d'une amitié plus que profonde, aurait-on dit... Un jour qu'à table, le Léopard fut pris de malaise, le Serpent très froidement, se posa la question de la succession de son maître. En effet, le prudent Serpent n'aimait pas être pris au dépourvu, mieux valait prévoir et à défaut, prendre des assurances sur l'avenir : se laisser surprendre c'est au trois quart perdre la bataille en même temps que le contrôle des événements... Si le Léopard s'avisait de suivre dans la tombe les anti-régimes, ce ne serait probablement pas gai pour lui, mais pour nous, pour moi qui ai tant fait pour cette République, qu'est-ce que ce sera ? Qui lui succèdera ? Ou mieux qui peut lui succéder de manière acceptable? Et c'est là la question, on doit mettre en place une personne acquise à nos idées, inoffensive pour nous et qui ait suffisamment de personnalité que pour résister au spectre de l'Homme. Le Serpent jaugea, pesa et soupesa tous les candidats possibles. Nul ne lui sembla digne de succéder au Léopard. Ou bien, il s'agissait de pro-hommes à peine déguisés qui ne lui pardonneraient pas son passé, ou bien c'était des personnalités de seconde zone, bien que manœuvrables par lui, mais incapables de se maintenir par eux-mêmes, des candidats traîtres en somme. Ainsi, nul ne pouvant succéder dignement au Léopard tout en garantissant la sécurité du Serpent, celui-ci dut reconnaître qu'il devait passer au premier plan lui-même, devenir le patron. Et si jamais la fin du Léopard devait être précédée par une longue période d'incapacité, le Serpent se dit qu'il aurait à assurer la Régence et éventuellement prendre toute mesure susceptible d'aider son ami... à raccourcir son martyr. C'est dans ces dispositions d'esprit, que le Serpent ayant constaté que les malaises du Léopard s'aggravaient, décida de l'inviter à dîner et après le dîner, le convia à danser un slow des plus sentimentaux. Et c'est pendant cette mémorable danse que le Serpent sentant l'épuisement de son cavalier décida de passer à l'action, il s'enroula lentement autour de lui, question de traduire leur intimité et lorsqu'il fut convenablement enroulé, arrêta la danse et se raidit brusquement. Les côtes et la colonne vertébrale du félin ne purent malheureusement pas résister à ce traitement plutôt spécial, ils craquèrent transformant en bouillie les entrailles et autres organes. Le Léopard s'écroula, poussant des râles à fendre le cœur.. . - Tu m'as eu salaud ! et dire que tu es le seul dont je ne me méfiais ! - Meurs crapaud, lui rétorqua le Serpent, tu n'as eu que la monnaie de ta pièce, traître, tu meurs par traîtrise, console toi et sois heureux. D'ailleurs, c'était une nécessité, tes défaillances physiques mettaient tout le monde en danger. Il fallait qu'un autre, plus vigoureux prenne la relève. Mais tu n'aurais jamais été fichu de le comprendre... C'est peut-être triste pour toi, je le regrette sincèrement... Meurs maintenant et qu'on débarrasse le plancher !" Et ce disant, il lui fit la plus venimeuse piqûre de toute sa pharmacopée, l'agonie du Léopard s'en trouva abrégée d'autant. Ensuite, élevant la voix à l'adresse des convives sidérés, il donna ses ordres : "vous avez vu ? C'est moi le Patron maintenant ! Tout le monde à mes ordres Pas d'excuses ! Pas de faiblesse ! Et gare à vous !... Rentrez chez vous et que ça roule !" A peine cette voix sifflotante se fut-elle tue, que tout le monde disparut en trombe : le Serpent vraiment avait mauvaise réputation ! Et pourtant que n'a-t-il pas fait pour paraître moins mauvais que le Léopard ! Toutes ces précautions, cette infinie discrétion qu'il utilisait pour couvrir toutes les grandes oeuvres (lisez assassinats), n'aurait donc servi à rien ? Une chose était certaine, rien que le nom du Serpent était synonyme d'épouvante ; pas de doute, il faudra se montrer encore plus dur et impitoyable, l'important étant que lui, Serpent, règne, dut-il rester seul vivant. Le Serpent régna effectivement et ce par la crainte et les exécutions capitales. La traîtrise fut abandonnée comme méthode de gouvernement parce que trop lente et périmée. L'efficacité commandait la simplification de tout jugement ainsi que de toute procédure. Les lentes procédures judiciaires, ou mieux, ce qui en restait encore ou mieux ce qui s'en rapprochait le plus, furent abolies comme contraires au culte de la rapidité. Le droit à la défense devant les tribunaux fut déclaré chipotage d'avocat et purement et simplement suspendu, et les tribunaux militaires, plus expéditifs et plus sommaires eurent à connaître des délits civils. Le présumé coupable fut déclaré coupable avant tout jugement et le coupable fut pendu publiquement, soit pour l'empêcher une fois pour toute de récidiver soit parfois pour l'empêcher de le devenir après coup. De toute façon, comme on omettait de signifier et le délit et la peine, c'était au coupable de deviner dans quelle catégorie se placer... ! Les tombes se mirent alors à déborder d'une foule de gens qui en étaient encore à se demander ce qui leur arrivait et si réellement on pouvait s'en prendre à eux, si peu politiciens... En matière de gestion du pays, ce fut le "biso na biso" qui devint la règle d'or, le Serpent et ses intimes se servaient, qui dans les caisses de l'Etat, qui dans les biens des particuliers. Il s'appropriaient d'autorité les voitures, les maisons et même les épouses de leurs victimes. Qui pouvait leur refuser ou sa femme ou sa fille ou sa maison pour leurs ébats ? Le moindre des blâmes qu'il aurait ainsi encouru n'était-ce point une condamnation provisoire c'est-à-dire sans jugement et sans délai, agrémentée d'une confiscation de tous les biens ? alors ?... La corruption se généralisa et dégénéra en rançonnage systématique des habitants. Les agents de l'ordre qui souvent ne recevaient plus leur salaire, faisaient pleuvoir des amendes sur les imprudents qui s'étaient risqués hors de chez eux soit parce qu'ils n'avaient pas allumé leurs phares en plein midi soit parce qu'ils les avaient allumés, cela dépendait de l'agent et de l'impression de richesse qu'on traînait avec soi. Les enseignants non payés des mois durant, réclamaient une pièce de monnaie pour toute faute d'orthographe qu'ils trouvaient dans les devoirs et deux pièces par question ignorée par l'étudiant, il fallait vivre, paraît-il ! Dans l'administration, les dossiers se perdaient à chaque coup, mais un bon billet de banque permettait de les retrouver instantanément ! Mais officiellement, on parlait de normalisation de la situation et de grands progrès réalisés par le régime ! Quant à la situation des ouvriers, des paysans et autres gagne-petits, elle fut pire que pire. Le salaire, lorsqu'il était payé avec quelques régularités, ne permettait que la liquidation du transport au lieu du travail et le paiement du loyer d'un taudis. Ils durent s'endurcir contre la faim, apprendre à vivre avec la maladie, fermer les yeux devant toutes les immoralités possibles et imaginables et enfin s'exercer à rire jaune en septembre, mois de la rentrée scolaire ! Il y eut toutefois une bonne chose à porter au compte du régime, il parvint à créer de nouveaux emplois qui consistaient à se faire enrôler dans le parti politique officiel et à faire chaque fois tout son possible pour que l'applaudimètre crève tous les plafonds dans tout meeting public ou lors de la réception d'un hôte de marque. Ainsi tout allait bien ! Même très bien. Sous prétexte d'émanciper la femme, la maîtresse, la grue de rue devenue toute puissante, fut élevée à de hautes fonctions officielles, tandis que la mère de famille, la femme légitime, se voyait reléguée au triste rang de "rideau de maison". La "cocufication" mutuelle était en effet devenue le grand hobby des puissants. Dictant la loi de son grabat ou venait, chacun à son heure, s'épancher tout ce qui avait un nom dans la République, la grue, couronnée ou pas, fit sombrer moult ménages en institutionnalisant la dissolution des mœurs. Rien de ce qui pouvait être considéré comme respectable et honorable n'était épargné. On salissait tout, réputation ou acte. L'honnêteté portait ombrage, les braves gens étaient traînés pour cela dans la boue, pour s'entendre dire que cela n'avait été qu'une erreur, un bonne blague ! Bref, le règne du Serpent surpassa tout en horreur, le simple fait d'y être soumis était asphyxiant au possible. De sa retraite, l'Homme contemplait tout ce pourrissement qui ne respectait rien, s'étendait, s'enflait, enveloppait et salissait tout. Sa conscience lui dicta d'intervenir, car laisser aller les choses, c'était prendre trop de risques. Il fallait agir et agir le plus vite possible. Deux solutions s'offraient à lui : ou bien se lancer dans une réforme des mœurs et dans une sorte d'appel aux consciences pour le respect des droits civiques, ou bien affronter le Serpent et l'abattre ainsi que son régime. La première solution, l'Homme ne put la retenir, bien qu'elle permettait le respect du semblant de légalité dont jouissait le régime du Serpent : elle était d'un efficacité plus que douteuse. En effet, l'Homme savait que tout régime secrète lui même ses propres contradictions internes dont la solution lui permet de se survivre et que dès lors, lutter contre la manifestation de ces contradictions c'est en fait lutter contre le régime lui-même. Ainsi le parlementarisme suppose la liberté d'expression et le multipartisme qui conduisent à l'organisation d'une opposition avouée et parfois systématique. C'est en vainquant continuellement l'opposition que le pouvoir parlementaire peut continuer à exister. Essayer par exemple de limiter la liberté d'expression ou le multipartisme ou l'existence de l'opposition, c'est en fait tuer le parlementarisme lui-même qui devient du totalitarisme. De même, les régimes dominés par une idéologie que l'on veut concrétiser, par exemple le communisme, engendre automatiquement des purges de déviationnistes, sans lesquelles, la pureté de l'idéal ainsi que la rigueur dans sa concrétisation seraient vite perdues, chacun pouvant avoir une interprétation à lui et celle-ci pouvant être opposée à celle de tout le monde ; c'est l'anarchie qui dominerait. Essayer de supprimer les purges dans un tel régime, c'est le condamner à périr rapidement et le régime lui-même ne manquerait par de réagir contre cette sorte de condamnation à mort. De même, le régime du Serpent secrétait lui-même cette sorte de pourrissement général qui lui permettait de régner sans scrupule. D'ailleurs, comment devient-on grand du régime, si ce n'est en se compromettant gravement avec les grands ? Comment se maintient-on, si ce n'est en menaçant chaque fois de révéler ce qu'on sait des compromissions auxquelles on a participé ? Si l'on supprimait toutes ces compromissions, si l'on supprimait ces rivalités autour des grabats des grues, si enfin on supprimait cette solidarité dans le crime qui fait la cohésion du régime, y aurait-il encore des grands du régime ? Y aurait-il encore de régime tout court ? Non, mille fois non, ces manifestations publiques de dissolution des mœurs ne sont pas des accidents que l'on peut faire disparaître, c'est en fait une manière d'être du régime, une de ses modalité les plus fondamentales. Aussi, lutter contre ces manifestations c'est s'attaquer maladroitement contre le régime et risquer bêtement ses rigueurs. Aussi la première solution, celle de la réforme des mœurs, l'Homme ne put la retenir. Restait donc la seconde solution, affronter le Serpent et l'abattre lui et son régime. Abattre le Serpent était la seule solution, le pouvoir étant personnel et le régime ne vivant que par les liaisons que chacun a pu établir avec le Serpent. Mais cela n'irait pas seul, il faudrait livrer bataille et s'attendre à une résistance acharnée, le Serpent ne pouvant pour rien au monde accepter de se faire réduire à l'état de simple citoyen c'est-à-dire de justiciable des cours et tribunaux. L'Homme tout en préparant cette bataille, ne put s'empêcher de subir une profonde crise de conscience : prétendre vouloir instaurer l'Harmonie dans laquelle toute vie sera respectée, des droits fondamentaux garantis et devoir envisager pour ce faire le sacrifice volontaire et prémédité d'une portion des tenants de l'Harmonie ! N'est-ce pas là une contradiction flagrante, une sorte de négation de l'Harmonie elle-même ? N'est-ce pas là une marque d'opportunisme qui doit faire douter de la sincérité des buts poursuivis ? Peut-on, lorsqu'on admet de telles solutions être sûr de la pureté de ses intentions ainsi que de celle de ses motivations ? Ne peut-on pas dire qu'au fond, toute l'entreprise n'était que le fruit de l'orgueil de l'Homme et non celui de sa soumission à un idéal ? Voilà les pensées qui décourageaient l'Homme qui ne voulait de profit que pour la Communauté : Ô cruel dilemme qui force au transit par des méthodes que l'on réprouve sincèrement, pensait-il, Ô cruelle nécessité qui transforme le non violent en violent et le pacifique en agité, n'y a-t-il vraiment pas d'autre solution que celle qui s'offre à mon esprit désemparé ? "Non, lui répondit sa Conscience, il n'y a pas d'autre solution que celle de l'affrontement à n'importe quel prix avec le Serpent. Les choses sont ainsi faites que la vie engendre la mort et celle ci engendre à son tour la vie, tout comme le jour chasse devant lui la nuit et que la nuit chasse devant elle le jour. De même, la graine doit mourir dans la terre pour que sur sa tombe se développe l'arbre aux mille grains, de même une nation forte et prospère ne croît et ne se développe que sur la tombe de ses héros et grands hommes disparus. De même la fleur a besoin de fumier pour s'épanouir, de même, le bien commun doit pouvoir s'appuyer sur des méthodes réprouvables pour sa sauvegarde, car le bien commun, unique objet du pouvoir l'emporte sur le bien particulier, l'inverse étant perversion. L'Harmonie dont tu rêves depuis des années a, ne t'en déplaises, besoin de ce pourrissement qu'est la cascade des règnes de la violence pour son instauration, elle la non violente, pour éclore, mûrir et régner pacifiquement. C'est cela la réalité, et la réalité est paradoxe. Le sacrifice volontaire, quelque répulsion qu'il puisse nous inspirer, est le seul investissement suffisant et nécessaire pour se garantir un avenir heureux. Sans lui, il n'y a que précarité et illusion. Ce qu'on acquiert par le jeu se perd par le jeu, ce qu'on obtient sans effort, on ne le garde que grâce à d'immenses sacrifices, sorte d'investissement à consentir a posteriori. Aussi, toi qui veux le pouvoir, ne t'arrête pas à ces paradoxes, regarde fixement le but poursuivi, accepte les sacrifices que l'œuvre exige de toi. A chaque chose son prix. Regarde fixement le but, prépare en même temps que la lutte les conditions de concrétisation des buts. Car plus tard, après ta victoire, ce sera trop tard pour penser à la concrétisation de l'Harmonie, c'est pendant la lutte avant l'accession au pouvoir que doit se préparer l'action future. Maintenant, va, l'action n'attend pas et que l'Harmonie triomphe". Ainsi parla la conscience de l'Homme, celui-ci y trouva un grand réconfort qui lui permit d'accélérer la préparation de la lutte. Il se mit alors à ameuter le ban et l'arrière ban de la population pour l'affrontement du Serpent. Au jour dit, l'Homme et les siens montèrent courageusement à l'assaut du tyran qui se défendit merveilleusement bien, avec un calme exemplaire, mordant, piquant, tuant tout ce qui était à sa portée. Il y eut bien cinquante morts ! Mais, le Serpent exténué d'avoir à faire face de tous les côtés à la fois finit par se laisser encercler par ses nombreux ennemis et bientôt, il lui fut impossible de trouver dans la fuite (baptisée stratégiquement de fuite en avant mais le dos tourné à l'ennemi) un quelconque salut. On lui cassa la colonne vertébrale, il ne pouvait plus se déplacer, il était donc manifestement perdu. C'est alors que l'Homme décida d'arrêter les hostilités et d'abandonner le Sadique à son triste sort, afin qu'il meure sadiquement de froid, de chaud, de la pluie, de la soif, de la faim et du mépris universel... Pendant que s'éteignait lentement sur le champ de bataille le pauvre Serpent, l'Homme réunit ses intimes et leur dit à peu près ce qui suit : "Chers amis, le moment est arrivé de nous réjouir tous ensemble, car la victoire que le Bien vient de remporter par mon bras a une signification qui nous dépasse. Il ne s'agit pas d'une simple prise de pouvoir, il ne s'agit pas d'un simple châtiment d'un criminel à tête couronnée, il s'agit de tout cela et de plus encore. Le pouvoir, nous l'avions, nous devions l'avoir parce qu'il nous revient à nous peuple de toute éternité, parce que le pouvoir c'est nous. Mais nous avons dû le subir et le servir au lieu qu'il nous serve, parce que nous n'étions pas assez conscients de ce que nous étions ni de ce que nous devions faire du pouvoir. Aussi, emportés par un enthousiasme formidable, nous n'avions pas pensé à la consolidation de notre pouvoir ni à l'élimination de tous les facteurs de déviation. Cela, nous l'avons payé par notre sang et nos souffrances sous les règnes du Lion, du Léopard et du Serpent. Daigne le Ciel ne pas nous laisser retomber dans les mêmes tribulations et ne pas nous forcer à devoir payer encore plus cher le bien que nous venons de conquérir. Pendant toutes nos tribulations, j'ai réfléchi à tous nos malheurs et à leurs causes. Il m'est apparu qu'ils avaient pour source l'absence d'une idéologie, l'absence de principes simples dans le cadre desquels s'inscrirait notre action. Aussi, ai-je rédigé à votre intention, un acte d'affirmation qui sera le cadre de nos pensées et de notre activité sociale. Que chacun de vous le lise et le médite, et que chacun de nous en fasse la base de sa vie, le règne de l'Harmonie en sera d'autant facilité. Voici cet acte d'affirmation : - J'ai grande confiance en moi, le monde m'appartient, je suis plein d'initiatives, rien n'est impossible. - Je crois au progrès continu des congolais mes frères, à leur brillant avenir ; le Congo et ses richesses sont principalement à nous et à nous seuls. - Je ne mendierai jamais et n'accepterai jamais la pitié des autres, aussi, je n'escompte aucune reconnaissance, ce qui compte, c'est mon devoir. - Je combattrai jusqu'à ma mort l'asservissement encouragé des africains, le racisme et l'exploitation ; je combattrai toujours l'asservissement de tous à une minorité pourrie. - J'organiserai mon pays pour l'épanouissement de mon peuple et je le ferai fructifier pour le bonheur et la justice, donnant à chacun selon ses mérites. - J'armerai mon bras et le tiendrai à la disposition de mon pays, car les armes seules garantissent et le bonheur et le droit. - Fidèle à mes frères, je me tiendrai, collé au réel, j'agirai, c'est là ma force. Moi, Homme, devant tout l'univers visible et invisible, je déclare que telle est ma foi et que tel est le sens de ma vie. Tantôt, chacun devra venir réciter ce serment, en citant son nom bien sûr à la place de Moi Homme. Ensuite, sous ma direction et pour le bien commun, nous nous attèlerons à la noble tâche de l'instauration de l'Harmonie. Vive l'Harmonie, Vive l'Homme, vive la République". Après ce vaillant discours, des hourras fusèrent de partout, ce fut la fête. Chacun vint répéter le serment le plus solennellement possible et s'attela avec acharnement à l'avènement de l'Harmonie . Ici finit l'histoire de la fascination du pouvoir. Ce n'est pas à proprement parler une fable, car c'est un enseignement caché qu'il appartient à chacun de découvrir. Quant à nous, pauvre rapporteur de cette fantastique fable, nous nous permettons à titre simplement indicatif, de signaler dans les pages qui viennent, les quelques interprétations qui nous sont parvenues. 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introduction dans le pays de Sidonie et sa tentative d'escroquerie pour se legitimer... Le printemps venait de faire éclore des bourgeons sur tous les arbres du pays, ramenant la vie. La saison sèche avait en effet été particulièrement longue et froide....

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